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1 200 000 morts et 50 000 000 de blessés chaque année dans le Monde (dont 80% de piétons et surtout des enfants), des émissions qui tuent et empoisonnent, des guerres, du bruit, de la violence... l'automobile et tout ce qu'elle véhicule est une aberration et un des symboles soutenus de l'auto-destruction qui caractérise de plus en plus notre civilisation. Boris Vian aimait la vie, les mots et probablement l'homme même s'il savait à quel point il peut se nier. « Paris est dégueulasse » nous le prouve.
Merci à Carola

Paris est dégueulasse

« Il y a une jolie chanson de Francis Lemarque, L'Air de Paris, qui commence comme cela :
On ne saura jamais
Si c'est en plein jour
Ou si c'est la nuit que naquit
Dans l'île Saint-Louis
L'ange ou bien le démon
Qui n'a pas de nom
Et que l'on appelle aujourd'hui
L'air de Paris…

C'est une chanson que j'aime énormément, parce qu'elle n'a aucun rapport avec la réalité. On le sait très bien, où il naît, l'air de Paris. Il naît dans quelques millions de cylindres alimentés en carburants plus ou moins puants et il se répand dans les rues par le canal, si l'on ose dire, des tuyaux d'échappement de ces véhicules ridicules baptisés automobiles alors qu'ils sont bien incapables de se déplacer par leurs propres moyens (on n'en voudra pour preuve que l'éclosion des voitures-grues).

Cela paraît une évidence lorsque l'on considère les faits d'un œil quelque peu ouvert : la présence dans une ville de moteurs à essence ou gas-oil qui consomment tout l'oxygène et laissent à l'habitant le bénéfice de leurs gaz d'échappement est un défi au bon sens, à l'hygiène, et même, chose plus grave, à la notion de ville.

Si des gens se groupent en cité, c'est apparemment pour en tirer avantage : sécurité, commodité, etc. Est-ce pour cela qu'il faut assortir ces avantages d'inconvénients tels que le manque d'air, la promiscuité, l'étroitesse des logements, la disparition des espaces verts ?

Réglons au passage le cas de ces derniers et allons-y de quelques mesures utiles. Les crétins assortis qui discutent au Parlement de la meilleure façon de piller la France ont autre chose à faire que de s'occuper des gens ; c'est l'argent et les privilèges qui les intéressent. Notre seule consolation, c'est qu'ils sont asphyxiés comme les autres — mais nous nous en passerions volontiers : ce qui intéresse, ce n'est pas ce bonheur de « tout le monde » qu'on nous fabrique à coups de guerres et de déclarations ronflantes, mais le bonheur de chacun qui se fait avec du travail, des maisons, du soleil, de l'herbe, des fleurs et du confort.

Solutions constructives :

1er projet de loi : interdiction dans Paris et dans toute ville de plus de 5 000 habitants d'utiliser des véhicules à moteur autre qu'électrique ou à air comprimé, et en général, tous véhicules produisant des émanations non respirables en tout ou partie.

2e projet de loi : obligation de conserver dans une ville au moins vingt mètres carrés d'espaces verts par personne. On entend par espaces verts des herbages, des taillis, des buissons, des massifs d'arbres, etc. Mais on ne considérera pas une voie de circulation bordée d'arbres comme un espace vert.

Voilà déjà deux bons petits projets de loi pour commencer.

Avantages et corollaires divers : Report à la périphérie ou au sous-sol de tous garages destinés à abriter les véhicules à essence ou gas-oil. Développement de la construction électrique. Aucun ralentissement de la construction automobile qui se réoriente vers l'électricité ou l'air comprimé. Du cuivre à trouver, soit ; ou de l'alu : c'est encore de l'électricité, il y a un certain nombre de projets genre estuaire de la Rance qui ne demandent qu'à voir le jour.

Développement d'une énergie autonome. Désinfection de Paris. Etc. Etc.

Création de véhicules urbains individuels qu'un ingénieur inventeur a déjà proposés. Quant aux espaces verts, inutile d'insister. Les quelques mètres carrés de terre crasseuse mêlée de caca de chiens où sont obligés de jouer les malheureux gosses de Paris sont un scandale permanent.

En marge de ces espaces, peut-on constater, au passage, le manque de fantaisie (et de générosité) des joyeux milliardaires dont vous entretient la chronique mondaine ?

Que font-ils pour frapper d'admiration les foules ? Ils organisent un bal vénitien, créent un théâtre privé, etc. etc. Trésors d'imagination que ceux qu'ils dépensent de la sorte !

Mais on rêve toujours de milliardaires gais, et on doit avoir tort. Ces pauvres gens improductifs ne savent comment défrayer la chronique. Il y a pourtant des moyens bien simples…

Comme on aimerait celui qui, désinvolte, s'achèterait un lopin de buildings avenue de l'Opéra, les foutrait par terre, et se ferait un gentil petit jardin où il pourrait biner ses plates-bandes, arroser ses pois de senteur et cueillir ses dahlias en regardant passer les gens ?

Ça, ça serait du vrai luxe.

Et je vous assure que tout le monde parlerait de lui dans les journaux. En bien.

Mais certains n'ont pas encore compris que l'on devrait démolir la moitié de Paris pour que l'autre moitié puisse respirer. Ils préfèrent que tout le monde meure ensemble. Il n'y aurait pourtant que des avantages à prévoir, en Île-de-France, un centre scolaire de cinq cent mille places : ça dégagerait la zone bleue, on pourrait faire des parkings à la place des vieux lycées pourris, et, peu à peu, mettre au point l'application des lois qui figurent plus haut.

Nous sommes, naturellement, obligés de résumer, mais toutes objections que l'on pourrait nous faire ont déjà leur solution dûment confiée à nos petites cellules à mémoire. Déplorons, en manière de conclusion, l'inefficacité totale d'un article de ce genre, inefficacité due à ce que, bien qu'il soit parfaitement sincère, sérieux et sensé, on le prendra (quand on le lira) pour une fantaisie. Avertissons enfin celui qui serait tenté d'y voir l'œuvre d'un anarchiste communisant que le signataire se fout éperdument du régime sur lequel il vit pourvu que les hommes de ce régime soient intelligents (c'est-à-dire accordent à l'esprit scientifique la primauté sur l'esprit de blablabla). Évidemment, ce régime-là nous manque pour le quart d'heure… »

Boris Vian

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